17.12.2006
Darfour : la responsabilité de protéger
La guerre au Darfour a repris et la déstabilisation régionale est en marche au Tchad et en République centrafricaine.
Depuis le début des quatre années de guerre, l'Union Africaine, sans l'appui de l'ONU, peine à stabiliser la région dévastée du Darfour.
Ni le renforcement des contingents de la Mission de l’Union Africaine (AMIS) par 4000 soldats supplémentaires[1], ni le vote d’une énième résolution onusienne n’ont mis fin à la catastrophe humanitaire. L’enfer brûle toujours et s’étend.
Bien que renforcée, cette dernière est incapable de juguler la crise, ses effectifs sont insuffisants sous payés et sous équipés. Surtout, comme ce fut le cas pour les contingents envoyés en Bosnie, en l’absence de mandat adapté à l’ampleur de la crise, ces soldats sont réduits au rôle de simples observateurs.
La communauté internationale reste impuissante à arrêter ces atrocités, car elle refuse de dépasser l’hostilité systématique de Khartoum à tout déploiement d’une force crédible et efficace.
L’illusoire efficacité d’une force hybride
Assurément, le nouveau dispositif prévu de force hybride UA-ONU est en deçà de ce qu’il conviendrait d’imposer. L’ONU n’offrira qu’une assistance technique insuffisante à faire face aux violences actuelles. Cette nouvelle proposition, comme les accords de paix d’Abuja et la récente prorogation du mandat de l’Union Africaine de six mois, n’est que de la « poudre aux yeux», elle ne réglera rien.
Au nom du principe responsabilité de protéger consacré en droit international, les Nations Unies doivent intervenir au Darfour et assurer une opération de maintien de la paix renforcée. Un nouvel échec du multilatéralisme conduirait vraisemblablement à une opération américano-britannique solitaire. Depuis plusieurs semaines, à un niveau technique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étudient les possibilités de frappes aériennes contre des objectifs militaires soudanais. Le Canada envisage également d’intervenir.
L’échec actuel de la pression diplomatique est le résultat direct des vetos de la Chine - premier partenaire économique du Soudan - et de la Russie, qui assure une bonne partie des livraisons d’armes au Soudan.
Aujourd’hui l’avenir du Tchad et de la République de Centrafrique et de milliers de déplacés dépendent du règlement de crise du Darfour. Il n’est pas trop tard pour Sauver Le Darfour, mais il faut agir vite.
L’impuissance de l’ONU est surmontable
La France qui soutient les régimes tchadien et centrafricain, avec qui elle est liée par des accords de défense et de coopération militaire, a un rôle moteur à jouer pour établir un processus de paix régional viable et encourager les tentatives de démocratisation afin qu’un nouveau chaos ne succède au régime d’Omar el-Béchir.
La France doit dépasser la résolution 1706 du 31 août 2006 dont l’application demeure subordonnée à l’accord de Khartoum et prendre l’initiative du dépôt d’une nouvelle résolution de l’ONU autorisant l’usage de « mesures coercitives » et organisant enfin le déploiement de Casques bleus au Darfour.
Dans une telle hypothèse, une mission militaire européenne pourrait venir en soutien de celle de l’ONU. Le président du comité militaire de l’Union Européenne, le général Gustav Hagglund, a déclaré le 13 avril 2006 que l’Union pourrait envoyer des troupes au Soudan, sous mandat de l’ONU.
La mission européenne en République Démocratique du Congo (EUFOR), en août 2006, à l’occasion des élections présidentielles, en soutien de la mission de l’ONU (MONUC) a démontré l’efficacité d’un tel dispositif dans lequel l’Union Européenne a eu la possibilité de réaffirmer une vision propre de la sécurité internationale.
Cette politique extérieure de l’Union permettrait aux européens de s’inscrire de manière ostensible dans le cadre du multilatéralisme onusien. Malgré les risques de veto, cette voie doit être tentée.
En cas de nouvel échec, pour sortir de l’impasse, une autre démarche est envisageable. Un Etat de l’Union Européenne peut assumer de sa propre initiative une mission de Politique européenne de Sécurité et de Défense (PESD) dès lors que cette action vise : «le maintien de la paix et le renforcement de la sécurité internationale, [...] le développement et le renforcement de la démocratie et de l’État de droit, ainsi que le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales»[2].
La France pourrait ainsi pleinement « assumer l’exercice de son droit d’initiative en matière de gestion de crise internationale et la responsabilité de la coordination d’une intervention militaire ».
En outre, si l’Union Européenne peut planifier et conduire des opérations autonomes, avec ses propres moyens, comme ce fut le cas lors de l’opération Artémis en République Démocratique du Congo en 2003, elle peut aussi solliciter les moyens logistiques de l’OTAN. Elle a déjà eu recours aux moyens de l’OTAN en Macédoine (opération Concordia en 2003) et actuellement dans le cadre de la relève de la SFOR en Bosnie-Herzégovine (opération Altéa).
Ainsi, l’intervention au Darfour pourrait se faire sous l’égide d’une mission européenne en matière de gestion de crise ; cette mission couplerait ainsi la légitimité du multilatéralisme, la cohérence de la PESD et les moyens militaires et logistiques de l’Alliance.
Le principe de souveraineté nationale et les échecs des interventions en Somalie et en Irak ne doivent donc pas priver la diplomatie et les démocraties du droit d’agir pour une cause juste et légitime.
Comme l’énonce l’article 4 de la Constitution de l’Union Africaine : «aucun régime ne peut se dérober derrière le concept de souveraineté pour décimer sa population sans être tenu pour responsable». La nature des exactions commises : crimes contre l’humanité, massacres à grandes échelles, viols systématiques et la nature militaro-islamiste du régime a-démocratique de Khartoum justifient l’intervention. La question n’est plus : faut-il intervenir ? Mais, qui interviendra ?
Le temps des négociations stériles est fini, le temps de l’intervention est venu.
Mahor Chiche,
Président de Sauver Le Darfour, SLD
www.sauverledarfour.org
Emmanuel Dupuy,
Secrétaire général de l’Institut de Prospective et Sécurité de l’Europe, IPSE
02:20 Publié dans SOLIDARITE INTERNATIONALE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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