23.11.2009

SOS Racisme défend le vivre ensemble

jeudi 25 septembre 2008, par Pote à pote

Agressions antisémites, altercations, le 19ème arrondissement défraie la chronique depuis plusieurs mois. Comment faire en sorte que tous les habitants de cet arrondissement continuent à vivre ensemble ? Les réponses du président de SOS Racisme 19ème.

Le 19ème arrondissement de Paris est un quartier où malgré les apparences, il fait bon vivre Ensemble. Ici se côtoient 200 000 habitants aux 90 nationalités différentes. On y trouve la plus grande communauté juive d’Europe, une importante communauté musulmane, une communauté malienne et, plus récemment, des habitants venus d’autres pays d’Afrique noire et des Asiatiques.

L’attractivité culturelle, le charme de l’arrondissement y sont si forts, qu’une tranche de la population, plus aisée, s’y est installée aux côtés d’une population ouvrière plus modeste.

Commerces « ethniques »

Aujourd’hui, cet équilibre social et ethnique se fragilise. L’école publique ne joue plus son rôle. Les enfants “blancs”, ceux de la communauté juive en particulier, la désertent à cause du niveau scolaire mais surtout en raison des violences ; ce qui a permis aux écoles privées de prospérer. Le creuset républicain que constituait l’Ecole Publique tend à s’estomper ainsi que la mixité sociale et culturelle.

Le développement des commerces “ethniques” symbolise cette mutation : halal pour les musulmans ; casher pour les juifs ; bio pour les plus aisés ; afro pour les noirs… Autant de particularismes qui segmentent les commerces et les populations de l’arrondissement.

Dès lors, les frictions, incivilités, insultes racistes et agressions sont devenue monnaie courante. Un quart des actes antisémites commis en Ile-de-France se déroule dans le 19ème arrondissement de Paris. Le développement sans concertation des synagogues, des épiceries cashers, des écoles juives,… dans ce quartier, est à la source de ces nombreuses tensions. Depuis la seconde Intifada, les agressions physiques, les jets de cocktails molotov ou encore les dégradations se sont multipliés contre les habitants juifs de l’arrondissement ou leurs biens.

Haine du « Juif »

Guerre des gangs ou acte antisémite, c’est à la justice de mener ses investigations. Une chose est sûre : cette violence n’est pas admissible, elle doit constituer un élément d’alerte sérieux pour les pouvoirs publics. Le conflit israëlo-Palestinien n’explique pas tout. Le communautarisme latent devient dans le 19ème arrondissement de Paris un communautarisme qui sème la violence. Il est temps pour les pouvoirs publics de prendre conscience de l’ampleur du phénomène.

Il convient donc de rompre avec ces logiques de violences, de ghettoïsation et de communautarisme. On ne peut pas, durant des années, avoir laissé se constituer des “quartiers ethniques” et s’étonner de l’émergence de frictions intercommunautaires et de la difficulté à faire co-exister ces populations au sein d’un même espace.

Mahor Chiche

24.09.2008

Nouveau soupçon d'antisémitisme à Paris

Trois jeunes juifs portant la kippa ont été victimes d'une agression dans le XIXe arrondissement de la capitale.

Les trois étudiants portaient la kippa. Après shabbat, le repos hebdomadaire observé par les juifs pratiquants, ils rentraient chez l'un d'entre eux, rue Petit, dans le XIXe arrondissement de Paris, lorsqu'un caillou a heurté K. à la tête. «Il s'est retourné, a demandé aux cinq jeunes en face quel était le problème», raconte son père. Le plus grand des agresseurs s'est approché «et lui a proposé d'aller se frapper dans un parking», poursuit Norbert B. qui habite depuis une douzaine d'années dans le quartier avec ses trois enfants. «Mon fils a refusé et s'est pris un coup.» Ses deux amis se retrouvent également à terre, tandis que les agresseurs ont reçu des renforts en quelques instants. Des coups de poing volent. Deux des victimes ont le nez cassé, l'un a huit points à la lèvre et des contusions qui lui ont valu trois jours d'ITT. «Cela aurait pu être plus grave», raconte un témoin, «si des passants ne s'étaient pas approchés». La bande des cinq, multiethnique, «n'a proféré aucune insulte antisémite», détaille le père de K. avant d'ajouter : «Mais ils ne pouvaient ignorer qu'ils étaient juifs.»

Comme s'il anticipait la polémique. Sur ce point, l'enquête a été lancée avant même le dépôt de plainte des trois jeunes gens. Dès samedi soir, le directeur de cabinet du préfet de police de Paris, Christian Lambert, s'est rendu sur les lieux de l'agression puis a rencontré les trois jeunes gens, alors hospitalisés. Averti, le parquet de Paris a saisi la 2e division de la police judiciaire. Les cinq agresseurs étaient toujours recherchés hier soir. L'enquête doit établir si le mobile religieux a, oui ou non, été le moteur de l'agression. Pour l'heure, le caractère antisémite n'est pas retenu : les enquêteurs se veulent prudents d'autant que les trois victimes ont «unanimement expliqué qu'aucune injure ou propos antisémite n'avait été prononcé».

«La guerre des bancs»

Si le caractère antisémite des coups et blessures commis était retenu, il deviendrait pour la justice une circonstance aggravante, susceptible d'alourdir les peines encourues : jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros. D'ores et déjà, la ministre de l'Intérieur a condamné, «avec la plus grande fermeté les violences antisémites perpétrées» contre les trois jeunes. Tandis que le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, a lui souhaité que «les auteurs de cette agression à caractère antisémite» soient appréhendés dans les meilleurs délais.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, s'est déclaré «certain» du caractère antisémite de l'agression. Les trois garçons deux sont lycéens en première et terminale S et le troisième bientôt à la faculté d'Assas mènent, selon Rafael Haddad de l'Union des étudiants juifs de France, une vie rangée, entre l'école juive, la synagogue et la maison.
Le contexte semble différent de l'agression du jeune Rudy, en juin. L'adolescent de 17 ans avait été tabassé, dans la même rue, après une journée d'accrochages entre bandes rivales, autour du parc des Buttes-Chaumont.

À l'époque, le maire Roger Madec avait dénoncé un climat délétère et des affrontements communautaires. Tandis que Mahor Chiche, élu du XIXe et membre de SOS Racisme, expliquait «le samedi, c'est la guerre des bancs au parc entre des jeunes juifs et des gars des cités environnantes depuis des années».

Mathieu Delahousse et Cécilia Gabizon

15.07.2008

Après l'agression de Ruddy, savoir «vivre-ensemble»

A Stalingrad (XIXe), à l'intiative de l'Union des étudiants juifs de France et de SOS Racisme un concert a eu lieu pour que les différentes communautés renouent des liens.

Près de 200 personnes se sont rassemblées lundi place Stalingrad dans le XIXe arrondissement à l'appel de SOS Racisme et de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) pour «porter la notion du vivre-ensemble» après l'agression du jeune juif Ruddy, a constaté une journaliste de l'AFP.

«Nous avons souhaité organiser un concert pour les habitants (...) afin de porter la notion du +vivre ensemble+ et le retour du dialogue entre les différentes communautés (...), après l'agression du jeune Ruddy le 21 juin», a expliqué Raphaël Haddad, président de l'UEJF.

Pour Mahor Chiche, président local de SOS Racisme, il est «important d'organiser des événements pour le brassage des communautés dans un arrondissement qui compte plus de 90 nationalités, car les lieux de brassage institutionnel comme l'école sont de moins en moins mélangés», a-t-il précisé.

Dans l'affaire de l'agression de Ruddy, Sammy Ghozlan, Président du Bureau National de Vigilance contre l'Antisémitisme (BNVCA) s'est félicité lundi du «bon travail de la police» tout en rappelant qu'il était «souhaitable que l'enquête aille plus loin et que l'on retrouve les autres personnes qui étaient présentes», a-t-il expliqué à l'AFP.

Un militaire engagé depuis trois ans, technicien de l'armée de l'air à la base de Taverny (Val d'Oise), a été mis en examen jeudi soir pour «tentative de meurtre et violence en réunion aggravées par leur caractère antisémite», des chefs passibles de la réclusion criminelle à perpétuité. Il a a été placé en détention provisoire.

Mis en cause par des témoins, le militaire est soupçonné d'avoir frappé la victime avec une béquille. Il a reconnu avoir été présent sur les lieux de la rixe mais conteste avoir porté des coups à la victime.

Ruddy, 17 ans, avait été grièvement blessé le 21 juin par plusieurs individus qui l'avait roué de coups à la suite d'affrontements intercommunautaires entre bandes dans le quartier du parc des Buttes-Chaumont.

10.07.2008

ENSEMBLE DANS LE 19

f4588c7ccd683a3023019aba23188d1d.jpgSuite à l’agression qui s’est déroulée le 21 juin Square Petit, et aux violences survenues dans le 19 ème arrondissement récemment, et parce qu’il est indispensable de stopper la spirale des préjugés et de la haine de l’autre,

SOS Racisme et l’UEJF, en partenariat avec la Mairie du 19 ème arrondissement et les associations locales : SOS Racisme Paris XIX, Antennes jeunes Flandre, la Maison des Copains de la Villette, Bulles d’Oxygène, l’Association des Commerçants Juifs de la rue Manin, Mishkenot Israël, Entraide et Espoir… organisent un concert pour le « Vivre Ensemble ».

Cette soirée sera animée par Phil Darwin, avec la participation de Michel Boujenah, Mouss Diouf, et de nombreux artistes se produiront gracieusement pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations et toutes formes d’extrémisme.

Nous voulons réunir tous les habitants du 19 ème, ainsi que tous les citoyens sensibles à cette cause, en ce jour de Fête Nationale et Populaire.

 

01.06.2006

Fete d'arrondissement

TOURNOI CONTRE LE RACISME ET LE COMMUNAUTARISME

A l’initiative de l’association J2P et de l’association SOS Racisme 19ème est né le projet d’organiser un grand tournoi de football sportif, en direction d’un public large (à partir de 12ans), sur le territoire du 19ème arrondissement de Paris.
Ce tournoi sera la 8ème étape du Tour de France des tournois de football pour la tolérance, mis en place par SOS Racisme dans le cadre de sa campagne de lutte contre le racisme dans le football tant au niveau professionnel, qu’amateur.
A l’occasion de la Coupe du monde 2006, l’objectif est de mobiliser un grand nombre d’associations sportives et d’autres du 19ème arrondissement de Paris autour d’un événement sportif et culturel fort : le football.
Les deux axes du projet sont d’une part la valorisation des associations locales qui œuvrent au quotidien avec les jeunes et les personnes en difficultés du 19ème.
D’autres part, il s’agit de sensibiliser les amateurs de football – licenciés amateurs, spectateurs, supporters, entraîneurs, dirigeants – au fléau du racisme qui a envahi le football tant professionnel qu’amateur et de prouver que nous sommes définitivement majoritaires à vouloir « vibre et vivre tous ensemble ».
En outre, il nous parait important d’organiser un tel événement festif au cœur du 19ème arrondissement de Paris.
En effet, cet arrondissement populaire du Nord Est Parisien brasse des publics très divers.
Or, malgré la forte mixité sociale et ethnique de l’arrondissement, l’on peut observer depuis quelques années le développement de frictions communautaires et une certaines communautarisation y compris des clubs de football amateurs ; un tel événement sera l’occasion de renouer le lien social et d’affirmer notre volonté de préserver la mixité.

Le tournoi se déroulera les 8 et 9 juillet 2006 au Stade Jules Ladoumègue situé porte de Pantin, à partir de 10h jusqu’à 18h.Le 9 juillet de nombreux stands associatifs de l'arrondissement seront présents.
Eléments pratiques : Tous les participants au tournoi devront s’être inscrits par équipe auprès du secrétariat de l’association J2P.L’âge minimal de participation à ce tournoi est fixé à 12 ans. Selon l’année de naissance des participants, ils évolueront autour de trois poules :
Poule 1 : 12 / 14 ans
Poule 2 : 15 / 17 ans
Poule 3 : 18 ans et plus

Chaque équipe comportera 10 joueurs. 7 joueurs et 3 remplaçants.
Les inscriptions des équipes se dérouleront dans les locaux de l’association J2P au 28 rue Petit 75019 Paris à partir du 24 mai 2006 jusqu’au 30 juin 2006. A concurrence de 24 équipes participantes.
Tous les mercredis de 10h à 12h et les vendredis de 17h à 19h.
Comptant sur votre participation.

Vous pouvez telecharger l'affiche du Tournoi contre le racisme et le communautarisme :

affiche_foot_8_et_9_juillet.2.pdf

02.05.2005

Fievre communautariste

La Croix présente un reportage dans le 19e arrondissement de Paris où pousse une fièvre communautaire inquiétante. Le responsable de l’antenne 19e de Sos-Racisme, Mahor Chiche, s’alarme : « Le quartier qui a toujours été très diversifié, est en train de changer de visage. Les rues se communautarisent, les jeunes se promènent en bandes mono-ethniques. » Nadine Dumortier, l’ancienne représentante de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE-19e) renchérit : «Cela a commencé par de petites choses. Des tags ici et là, puis des insultes racistes, banalisées. Ensuite, une explosion des demandes de repas communautaires à l’école. Enfin, les cours d’histoire de plus en plus difficiles à donner, particulièrement en 6e où les grandes religions sont inscrites au programme. » Elle ne se dit « pas étonnée » des dérives extrémistes de certains jeunes du quartier. D’ailleurs, les Renseignements Généraux pointent du doigt la mosquée Adda’Wa. D’après eux, elle est « aujourd’hui l’un des lieux de rencontres privilégiés pour les futurs candidats au Djihad ».
  

17.02.2005

Réseaux islamistes : SOS Racisme inquiet

Le bureau de l'association dans le 19e arrondissement de Paris s'est dit jeudi inquiet de la radicalisation de certains jeunes dans ce quartier.

Le bureau de SOS-Racisme dans le 19e arrondissement de Paris s'est dit jeudi 17 février inquiet de la radicalisation de certains jeunes dans ce quartier, devenu "cible de réseaux islamistes".
"SOS Racisme Paris 19e se félicite des récentes arrestations d'islamistes français qui se sont déroulées en France et en Irak", et appelle à "résister à l'offensive des jihadistes sur le 19e", écrit l'organisation dans un communiqué.

"Des quartiers difficiles de Paris deviennent à leur tour la cible de réseaux islamistes (...) Prêcheurs et recruteurs se retrouvent à la sortie de nombreux établissements scolaires ou terrains de jeux", constate-t-elle.
SOS Racisme "demande en urgence aux pouvoirs publics la création d'une cellule de veille sur le 19e arrondissement de Paris à propos de la montée du communautarisme". Deux jeunes islamistes français de Paris ont été arrêtés en novembre 2004 en Irak par les Américains et sont détenus depuis dans ce pays.
Ils étaient originaires d'un groupe d'amis du 19e arrondissement de Paris, qui a fait l'objet d'un coup de filet fin janvier, dans le cadre d'une enquête sur une présumée "filière irakienne", recrutant des jeunes pour aller combattre en Irak.

 

Trois jeunes Français originaires du 19e arrondissement sont morts en Irak en 2004.

21.02.2003

Guerre du Golfe 2

Les renseignements généraux se préparent en France aux conséquences possibles d'une guerre en Irak
21 février 2003, Par Johan Weisz 

Bernard Squarcini, le directeur adjoint des RG, rappelait dans le « Journal du Dimanche » du 16 février que « chaque fois qu'il y a des tensions au Moyen-Orient, on note (…) des réflexes identitaires chez certains jeunes, qui entrent dans une logique d'écorché vif ». Le numéro 2 des RG s'attend donc à « une augmentation des actes de xénophobie et d'antisémitisme » en France. Il est vrai qu'à mesure que les caméras de télévision se tournent vers les Marines américains stationnés dans le Golfe, la température monte dans certains quartiers. À titre d'exemple, ce « jeûne en solidarité avec le peuple irakien » proclamé pour le 20 février par l'Union des Organisations Islamiques de France - organisation qui, bien que représentant un courant radical de l'islam, proche des Frères musulmans, est en passe de s'imposer dans la Consultation Française du Culte Musulman initiée par Nicolas Sarkozy. « Cette idée de jeûne est une connerie ! », s'énerve Faycal Menia, qui refuse de « céder aux discours de haine et d'importation d'un conflit qui n'est pas français ». Secrétaire général de l'Union des Associations musulmanes de Seine Saint-Denis, Faycal Menia a récemment dénoncé la tentative de prise de contrôle de la mosquée de Noisy-le-Sec par un groupe de salafistes, ces partisans d'un islam rigoriste. Il craint qu'avec une frappe contre l'Irak, « certains adeptes de la pensée radicale n'en profitent pour embrigader des jeunes "paumés socialement" dans leur diabolisation de l'Occident et de la communauté juive. Ils seraient tentés de mettre de l'huile sur le feu et de réaliser leurs visions violentes », ajoute-t-il. Si on laisse faire, même Chirac ne pourra plus rien
Mais pour autant, il est hors de question d'éviter le sujet : Sébastien Pietrasanta est directeur d'Asnières Quartiers Libres, une maison de quartier au nord de Paris. Pour lui, le dossier irakien est loin d'être tabou, puisqu'il a monté un comité local contre la guerre en Irak. Il s'en explique : « Les gens suivent les informations, ils ont besoin de parler… Alors, oui on parle de l'Irak. La discussion, ça permet de poser les choses, d'apaiser les angoisses ». Yasmine raconte : « L'irak, on en parle tout le temps. Parfois, avec les femmes, on reste pour en parler des heures et des heures… ». L'actualité moyen-orientale, cette jeune habitante d'Asnières, la vit effectivement au quotidien : « Ici, tout le monde est contre la guerre, les juifs aussi sont contre la guerre » ; alors elle en veut à Bush et aux États-Unis qui se livrent à « une guerre pour rien ». Récurrent, l'antiaméricanisme se rencontre aussi dans la bouche de ce groupe de jeunes du 95 qui se retrouvent dans un fast-food des Halles, à Paris. Sous le regard attentif du maître des lieux, à savoir l'effigie de Ronald, ils nous expliquent que « si on réfléchit bien, si on laisse faire, l'Amérique va devenir la seule puissance du monde, et même Chirac ne pourra plus rien ». À Paris, tout le monde avait pu constater, lors de la grande manifestation contre la guerre en Irak, la présence importante de Français d'origine arabe. Tout le monde avait également remarqué ces nombreux manifestants qui s'en prenaient en même temps à George W. Bush, à Ariel Sharon, et à l'État d'Israël ; et souvent, les cortèges qui regroupaient beaucoup d'habitants des banlieues n'y allaient pas de main morte. « Ces amalgames me font très peur, de là à s'en prendre aux juifs, il n'y a qu'un pas », s'inquiète Mickaël, 18 ans de Montreuil (92). Malheureusement, ce pas a déjà été franchi. Cette enseignante juive d'un établissement public, insultée et poursuivie par des manifestants pro-palestiniens après un défilé l'an dernier, estime qu'aujourd'hui « la population juive est en danger en France ». Mickaël veut aussi dénoncer cet antisémitisme qu'il subit tous les jours, qui lui fait mal, cette banalisation de l'antisémitisme dans le vocabulaire : « Sale juif, c'est presque plus utilisé que sale con ! Mais qu'est ce que vous voulez qu'on fasse ? On encaisse et puis c'est tout ! » Des armes de poing ont déjà servi, mais que « le pire a pour l'instant été par miracle évité »

Raphaël, qui assure le shabbat la sécurité devant sa synagogue à Val de Fontenay (92), a peur pour sa communauté. « Pendant Jénine, c'était chaud », se souvient le jeune homme. On peut craindre le pire. Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police, en est presque convaincu : « Dès que la tension monte de l'autre côté de la Méditerranée, les juifs de France en paient le tribut », explique-t-il. En tant que président du Bureau de Vigilance contre l'Antisémitisme, il a recensé 232 actes antisémites en Ile de France dans les neuf derniers mois de 2002. Sammy Ghozlan a gardé en mémoire la première crise du Golfe : « Partout où il y avait des manifestations, il y avait des tags où des agressions antisémites ». Sa communauté, au Blanc Mesnil, n'avait pas été épargnée. Surtout, il n'a pas oublié ce qu'a déclaré, en septembre dernier, le directeur des RG pour la Seine Saint-Denis, à l'adresse des responsables de la communauté juive : si la guerre éclate, « vous serez en première ligne ». Si le dossier irakien est monté en épingle, Sammy Ghozlan envisage une nouvelle vague de violences antisémites de plus forte intensité que les précédentes. « J'ai peur qu'une femme se fasse poignarder alors qu'elle fait ses courses au marché. Je crains des ratonnades anti-juives », dit-il, en faisant remarquer que des armes de poing ont déjà servi, mais que « le pire a pour l'instant été par miracle évité ». Il conclut : « grâce au Bureau de Vigilance que nous avons créé, les victimes juives ont pu faire recenser leurs plaintes. Notre bureau est un catalyseur positif ; on aide les personnes dans leur démarche, elles nous racontent ce qu'elles ont subi, c'est un exutoire, et on prévient des mécanismes de vengeance privée ». « Le risque, c'est l'accentuation du communautarisme et des ghettos », pense de son côté Mahor Chiche, conseiller municipal (PS) du XIXème arrondissement. Et d'ajouter d'emblée : « Oui la communauté juive a tendance à se replier sur elle-même, mais il s'agit d'une conséquence. Affirmer que les juifs importent le conflit du Proche-Orient en France, c'est du terrorisme intellectuel ! ». Chargé des droits de l'homme et de la lutte contre les discriminations dans un arrondissement où les communautés musulmanes et juives sont très représentées, Mahor Chiche est là quand le ton monte entre les habitants. Il organise aussi des initiatives pour briser ce qu'il appelle « la logique de ghetto ». Repas de quartier, arbre de Noël pour les enfants, ou voyage de jeunes au Mémorial de Caen sont autant d'efforts pour « recréer l'intégration par les valeurs de la République ». Mais, l'élu soupire. L'esprit de Belleville, quartier métis par excellence, n'est plus tout à fait le même qu'avant : « Aujourd'hui, on s'achemine vers "chacun, juifs et musulmans, sur son trottoir", et c'est dommage ». « Le pouvoir cautionne l'opposition à la guerre, c'est plus qu'un signal pour certains jeunes des cités »
« En refusant la guerre, Jacques Chirac agit en homme d'État », estime Fayçal Menia, le Secrétaire général de l'Union des Associations musulmanes de Seine Saint-Denis. Pour ce responsable musulman, « le geste de Chirac est celui d'un chef d'État qui veut préserver la paix sociale dans son pays ». La position du Président de la République française constitue-t-elle un rempart pour endiguer un embrasement des quartiers ? Philippe, fidèle d'une communauté juive au sud de Paris, résume le malaise que beaucoup ressentent aujourd'hui : « Chirac donne sa caution aux racailles pour passer à l'action », lâche-t-il. Et de critiquer les pouvoirs publics tous azimuts, comme la municipalité de Gentilly qui a organisé en début d'année une double exposition : « Gens d'Irak et Palestine 2001-2002 » : « Ils ne se contentent pas d'agiter le chiffon rouge du Proche-Orient, ils associent délibérément l'Irak et la Palestine. Dans l'exposition, on pouvait lire que les Israéliens se livraient à des "shooting d'enfants ! ». Chez beaucoup de juifs, l'opposion de la France à la guerre est souvent perçue comme un blanc seing pour les actes antisémites. « Le pouvoir cautionne l'opposition à la guerre, c'est plus qu'un signal pour certains jeunes des cités », analyse Raphaël. « Ici, il n'y a pas d'Américains à qui s'attaquer, ils vont faire l'amalgame Bush-Sharon-juifs, … et puis de toute façon, c'est toujours plus facile de s'en prendre aux juifs ! »