15.12.2009
Afghans:"cesser les charters de la honte"
SOS Racisme a appelé aujourd'hui dans un communiqué à "cesser les charters de la honte" après la confirmation par Claude Guéant que des réfugiés afghans seraient expulsés vers leur pays "sans doute dans les jours qui viennent".
Une source policière a indiqué que des réfugiés afghans pourraient être expulsés vers leur pays dès ce soir à bord d'un avion venant de Grande-Bretagne et faisant halte à l'aéroport de Roissy.
"SOS Racisme appelle le gouvernement à cesser immédiatement les charters de la honte", demande l'association soulignant "l'inhumanité" du ministère de l'Immigration qui se manifeste, selon elle, par une "dérive populiste" et "une politique du chiffre en matière d'expulsions, toujours plus absurde et dangereuse".
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19.12.2006
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Vote mon pote ! Il faut se faire entendre, pour se faire entendre il faut voter, pour voter il faut s’inscrire.
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Vote mon pote !
Nous nous battons depuis toujours pour l’égale dignité de tous dans notre société, pour le vivre ensemble et la fraternité. Nous nous battons pour que chacun soit considéré comme un(e) citoyen(ne), quel que soit son lieu d’habitation, quelles que soient ses croyances ou ses origines. Nous nous battons pour que tout le monde ait les mêmes chances face à un employeur, un propriétaire ou un videur de boîte de nuit et pour que cesse les discriminations. Nous nous battons pour une France où chacun aurait sa place et l’espoir d’un avenir meilleur pour lui et pour ses enfants. Pour gagner ces combats il faut se faire entendre, pour se faire entendre il faut voter, pour voter il faut s’inscrire.
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03.04.2006
SOS ANTIRACISME, le livre de Dominique SOPO
Antiracisme, la nécessaire clarification
Qu'est-ce que l'antiracisme? Les polémiques à répétition qui ont agité le camp antiraciste tout au long de l'année 2004 donnent à cette interrogation une pertinence toute particulière. Ces polémiques ne sont toutefois que la cristallisation de divergences latentes depuis plusieurs années. Leur existence, à première vue, n'a d'ailleurs rien de très surprenant ni de très inédit. L'évolution des sociétés et des problématiques qui les traversent rend probablement inévitables des temps d'adaptation à la saisie des nouveaux enjeux. Sans doute SOS Racisme se trouve davantage prémuni de ces décalages: parce qu'elle est aussi un mouvement de jeunesse, l'association se trouve a priori plus apte à "sentir" les évolutions. N'étions-nous d'ailleurs pas moqué lorsque nous évoquions il y a 15 ans la constitution de ghettos urbains en France ou, il y a 5 ans, lorsque nous insistions sur l'urgence qu'il y avait à faire de la lutte contre les discriminations raciales un axe prioritaire de l'action antiraciste ?
Mais tout le monde pressent bien que les débats actuels sont bien plus lourds de sens et de conséquences. Ils interrogent l'antiracisme sur sa nature et risquent de l'entraîner dans des impasses qui lui ôteraient toute crédibilité. Perspective bien peu réjouissante. Car l'antiracisme n'est pas un "fonds de commerce" ou un "secteur" que se partagerait telle ou telle association. L'antiracisme, c'est un combat et un discours qui rendent toutes les autres luttes progressistes possibles. Et pour cause : lorsqu'il n'y a plus que la haine qui structure les sociétés, il n'y a plus de combats démocratiques, il n'y a plus de combats pour l'émancipation sociale et l'épanouissement des individus, il n'y a plus de combats pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Il n'y a plus que la régression politique, sociale et morale dont l'espace se trouve ouvert par le puissant dérivatif que constitue la croyance selon laquelle on ne doit plus se battre pour que chacun soit reconnu à égale dignité dans la société mais qu'au contraire les conditions de notre épanouissement résident dans l'abaissement de l'Autre.
Il est donc impérieux que les présupposés intellectuels qui ont abouti à ce que l'on peut sans exagération qualifier de fourvoiement de l'antiracisme soient évoqués et démontés. Non pas pour jeter l'opprobre sur tel ou tel mais parce qu'il n'est pas plus longtemps admissible que l'antiracisme soit détourné de son objet. L'enjeu est trop important pour que, face aux débats, nous soyons tentés de les occulter et de tourner pudiquement la tête pour ne pas affronter ce qui gêne. Les tribunes qui suivent n'ont d'autre but que de poser sereinement mais fermement les jalons d'un discours antiraciste en prise sur son temps. Elles ne concernent d'ailleurs pas en premier lieu le champ clos des débats qui traversent les associations antiracistes car, de Durban au Forum Social de Londres en passant par les alliances douteuses que passent certaines forces ou personnalités en se masquant derrière une laborieuse loghorrée antiraciste, c'est bien plus de l'utilisation des mots et des combats de l'antiracisme par la société dans son ensemble dont il sera ici question.
Les impasses de l'antiracisme
(1) L'exotisme et le mythe du bon sauvage
(2) Du long sanglot de l'Homme Blanc à l'enfermement victimaire
(3) Corporatisme racial et concurrence des drames
(4) L'abstraction républicaine Au nom de l'antiracisme?
(5) Lutte contre l'antisémitisme: une troublante tiédeur
(6) Nouveaux discours, nouveaux amis…et vice versa
(7) La démocratie évacuée: l'exemple édifiant du Forum Social de Londres
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02.04.2006
SOS ANTIRACISME, le livre de Dominique SOPO
L'exotisme et le mythe du bon sauvage
L'antiracisme, s'il veut rester fidèle à ses valeurs, doit se définir comme le combat qui s'efforce de voir reconnus les individus d'origines différentes à égale dignité. Quels que soient les moyens dont on se dote pour atteindre cet objectif, c'est bien cet objectif-là qui doit servir de boussole aux militants antiracistes et à tous ceux qui, au cours de leurs combats politiques et sociaux, ont à se soucier de la dimension antiraciste de leur projet.
Si ces propos peuvent apparaître à première vue comme une évidence d'une infinie banalité, ils ne correspondent cependant pas à une conception malheureusement bien vivace et présente de la pensée antiraciste et que nous qualifierons ici d'"exotique". Car si elle se réclame formellement de la recherche d'une égale dignité, elle se trouve fondée sur le mythe revisité du bon sauvage, un présupposé – rarement explicité car fréquemment refoulé - qui l'éloigne irrémédiablement du but de l'action antiraciste. Ramenée à une extrême simplification, cette conception pourrait se résumer en ces quelques mots: les Noirs et les Arabes sont sympas. Une vision apparemment généreuse qui se révèle cependant en totale opposition avec la recherche de l'égale dignité. Il faut ici en effet ne pas oublier que si le "bon sauvage" se voit paré d'une nature ou d'une culture exempte de défauts pourtant foncièrement humains, c'est en vertu du fait qu'il est ramené à l'état bien peu gratifiant d'éternel enfant. Et le propre d'un enfant, c'est qu'il n'est en aucun cas un citoyen pleinement accompli. Le "bon sauvage" se retrouve ainsi tel un homme tronqué, enfermé dans un statut de perpétuelle minorité.
Qu'ils s'agissent de petits bourgeois en mal de sensation qui auraient "tellement" aimé être Noirs ou Arabes (Pour avoir le rythme dans la peau? Allez savoir) ou de dames patronnesses des temps modernes qui trouvent là un vaste champ à l'exercice de leur trop-plein de compassion, la psychologie des tenants de cette conception relève essentiellement du registre pathétique. A ceci près que ces postures de "petits blancs" ne sont pas sans conséquences pratiques bien réelles et fort néfastes.
La première de ces conséquences, c'est l'enfermement dans des catégories exotiques qui procède d'une telle vision. Dans la mesure où, selon un grossier structuralisme normatif, la personne ne saurait exister que comme le porteur individualisé des caractéristiques générales de sa catégorie, elle est invitée à ne pas bouleverser ce bel ordonnancement et à suivre les règles réelles ou fantasmées censées régir ladite catégorie. Celui qui aura l'audace de ne pas correspondre aux stéréotypes dans lesquels il se trouve étroitement enserré deviendra un renégat aux "siens", un "occidentalisé" qui, "bountifié" par une trop longue compagnie avec la perversité de l'Homme Blanc, ne peut plus que se trouver porteur d'une parole dévalorisée et insignifiante car privée de l'authenticité que nos breveteurs autoproclamés en exotisme d'origine contrôlée se chargent de labelliser.
Une autre conséquence, étroitement liée à celle qui vient d'être évoquée, réside dans le différentialisme culturel (présenté sous le masque du "respect") contenu dans la vision exotique. Dans la mesure où l'individu étranger ou d'origine étrangère se trouve enfermé dans une catégorie exotique positivement connotée, il devrait in fine, dans cette vision, se trouver régi non pas par les règles de la citoyenneté issues – dans l'idéal - de la libre discussion politique mais par des règles propres (censées représenter "sa" sensibilité, "sa" culture, "sa" vision du monde) dont l'entrée en conflit avec la norme générale sera jugée comme une inqualifiable agression d'une culture dominante. Un cas pratique nous en fut donné lors des débats suscités par la loi relative aux signes religieux à l'Ecole. S'il était parfaitement honorable de s'interroger, au point de s'y opposer, au bien-fondé d'une loi qui prenait le risque de stigmatiser les musulmans, il était pour le moins désolant de voir se mettre en branle, dans le camp progressiste, des associations, des journalistes, des militants et quelques intellectuels prompts à présenter la question du voile comme une question de libre choix que le rouleau compresseur d'une conception normalisatrice voulait supprimer. Ainsi, la protection de l'égalité des statuts entre les hommes et les femmes était-elle ramenée à une donnée priée de s'appliquer avec discernement (c'est-à-dire, pour user du bon terme, de se renier) à tel ou tel sujet selon la catégorie exotique dans laquelle il avait été placé – souvent bien malgré lui. Et tout cela bien sûr, au nom d'une certaine conception de l'antiracisme…
Une dernière conséquence principale doit enfin être soulignée: dans la conception exotique de l'antiracisme, l'Etranger est privé de sa propre définition et d'une libre détermination. Il n'est plus un sujet agissant mais un objet de compassion sur lequel il s'agit de veiller avec jalousie par crainte de se le voir dérobé. Détestable mentalité qui nous évoque les paroles de Jacques Brel dans Les Dames patronnesses:
Pour faire une bonne dame patronnesse
Tricotez tout en couleur caca d'oie
Ce qui permet le dimanche à la grand messe
De reconnaître ses pauvres à soi
Quelques vers à méditer pour ceux qui, en enserrant l'Etranger dans des habits issus de leurs propres fantasmes ou de leur relativisme culturel, lui nient le droit de recouvrir les attributs d'une pleine Humanité, préalable incontournable dans le combat pour la reconnaissance d'une entière citoyenneté.
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03.06.2005
SOS ANTIRACISME, le livre de Dominique SOPO
Du long sanglot de l'Homme Blanc à l'enfermement victimaire
Vouloir expliquer l’attrait pour le mythe du bon sauvage que nous évoquions dans le texte précédent en s’arrêtant au constat de l’existence de penchants pour le folklore serait insuffisant si nous ne remontions pas à ce qui nous semble constituer l’origine - principale mais non exclusive - de tels penchants, à savoir la mauvaise conscience post-coloniale.
Si la nostalgie réactionnaire du passé colonial de la France se trouve associée à la vision de l’ « ex-colonisé » (figure générique des populations d’origine maghrébine et africaine) barbare et rétif aux lumières civilisatrices que l’Occident prétendait vouloir lui apporter, la mauvaise conscience post-coloniale, par un naïf et pénible effet de miroir, enferme l’ « ex-colonisé » non plus dans le rôle du rebelle inconséquent mais dans celui de victime.
Et pour cause ! Effrayés par les crimes passés (et présents) de l’Occident, les personnes submergées par la mauvaise conscience ne conçoivent leurs relations avec le Tiers-Monde et avec les populations d’origine maghrébine et africaine que comme une perpétuelle action de repentir. Repentir d’autant plus justifié, dans leur esprit, qu’il s’exerce à l’endroit d’individus assignés au rôle de victimes tout terrain et toutes époques.
Un tel discours, puisqu’il se fonde sur une réalité déformée car fantasmée, aboutit immanquablement à des positionnements déconnectés de la réalité vécue. Il en va ainsi du déni de l’existence de phénomènes négativement connotés dès lors qu’ils émergent au sein de populations immigrées ou d’origine immigrée. Le mécanisme même du déni est d’ailleurs révélateur de l’intime relation des aspects exotiques et victimaires. Il s’enclenche lorsque, en posant que la personne étrangère ou d’origine étrangère n’existe que comme déclinaison individualisée de la catégorie exotique dans laquelle elle a été placée, on en vient à estimer que la critique d’un comportement individuel équivaut à la critique d’une population déterminée. Il se complète par le fait que les populations immigrées ou d’origine immigrée, considérées sous le seul angle de victimes de la société, ne sauraient supporter un examen critique, alors considéré comme l’antichambre de la stigmatisation, et donc d’une injustice supplémentaire.
Ce déni est d’autant plus dangereux qu’il tend à produire ce qu’il prétend vouloir conjurer. L’exemple du traitement de la surdélinquance des étrangers et des jeunes issus de l’immigration est ici éclairant. Longtemps nié en France, ce phénomène n’en était pas moins et n’en demeure pas moins réel (même s’il doit être fortement corrigé par l’existence manifeste de « surcondamnations » qui frappent ces mêmes personnes). Problème : nier une évidence, c’est s’interdire par-là même d’en offrir une analyse et laisser d’autres forces, en l’occurrence l’extrême-droite, en donner une lecture raciste…réelle antichambre à la stigmatisation lorsque le déni tient lieu de discours alternatif. Et pourtant, n’était-il pas aisé d’expliquer que la surdélinquance constatée était le fruit des conditions économiques, sociales et urbaines dans lesquelles les populations concernées ont été placées ? Comment d’ailleurs évoquer la réalité des zones ghettoïsées sans vouloir en voir les symptômes, dont l’existence justifie pourtant que nous nous alarmions de la désagrégation qui y progresse ! N’est-ce pas manquer une occasion de donner plus de force à un discours de remise en cause des politiques de peuplement et du désinvestissement de l’Etat dans les quartiers en difficulté ?
Mais au-delà du déni, le discours victimaire enferme les populations auxquelles il s’applique dans une terrible spirale régressive. Car pousser les gens à ne se considérer que comme des victimes, c’est les pousser à l’abattement ou à la violence en faisant de l’état de victime un statut indépassable. Il est d’ailleurs fort logique qu’on ne puisse jamais mobiliser des individus sur des logiques d’engagement et de rapports de force constructifs en tenant un discours qui tend à les priver de toute conscience de l’utilité des combats citoyens qu’ils pourraient mener.
Le « long sanglot de l’Homme Blanc » qui aboutit à de tels errements se situe aux antipodes d’une logique antiraciste. L’antiracisme n’est pas un exercice de compassion narcissique. Il est un projet qui, nous l’avons évoqué, se bat pour que chacun soit reconnu à égale dignité dans la société. Cette recherche de l’égale dignité ne peut pas, par simple souci de cohérence, partir d’une vision victimaire étouffante, infantilisante et déresponsabilisante, sauf à s’interdire d’aboutir à l’objectif assigné. Elle doit s’appuyer sur la nécessité de donner à chacun la pleine conscience qu’il peut être un acteur de sa vie et un moteur de la transformation de la société.
C’est ce discours-là, en cohérence avec la finalité de l’antiracisme, qui permet d’allier fierté de soi et stratégie de mobilisation citoyenne. Et pour que l’antiracisme cesse d’être parasité par le discours victimaire, il serait temps que le « long sanglot de l’Homme Blanc » fasse place à un adieu aux larmes. Car que les sanglotteurs chroniques aient bien conscience d’une chose : la sincérité de l’antiracisme n’est pas fonction de la capacité de se prendre la tête entre les mains, dans un exercice de mortification autocentrée. La sincérité antiraciste se mesure à la capacité déployée à aider chacun à se vivre et à vivre comme un citoyen.
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SOS ANTIRACISME, le livre de Dominique SOPO
Corporatisme racial et concurrence des drames
En posant que l’antiracisme s’apparente au projet qui tend à s’assurer que les individus soient reconnus à égale dignité, nous disons également ce que l’antiracisme n’est pas, à savoir la défense d’une minorité contre une majorité (ou une autre minorité, ce dont nous aurons à réévoquer s’agissant de la question de l’antisémitisme). Or, le discours exotico-victimaire, s’il se prive d’atteindre le but de l’antiracisme (pour des raisons ontologiques - on ne peut pas atteindre l’égale dignité quand on se vit comme une victime - et pour des rasions stratégiques - on ne se mobilise pas quand on se vit comme une victime), se trouve par ailleurs fort démuni face au corporatisme racial que représente l’approche communautariste de l’antiracisme.
En effet, lorsque la conception victimaire prime sur toute autre considération, il y a inaptitude à pouvoir délivrer une parole efficace contre le corporatisme racial dès lors que ce dernier joue sur la corde sensible de la mauvaise conscience post-coloniale.
Si le corporatisme racial peut prendre plusieurs visages, nous nous intéresserons ici uniquement à celui qui s’appuie ouvertement sur une logique de victimisation, à travers une concurrence morbide des drames subis dans l’Histoire par telle ou telle population. En France, l’exemple caricatural d’une telle approche a été symbolisée par les propos de l’humoriste Dieudonné, représentatif d’une tendance fort minoritaire mais que nous ne saurions ignorer puisqu’elle cherche là aussi une légitimation à travers un prisme prétendument antiraciste. En se définissant comme « fils d’esclave », Dieudonné tente une opération de leadership communautaire visant à pousser les gens à trouver une fierté à travers leur statut de victimes. On remarquera d’ailleurs au passage que ledit Dieudonné, né en Bretagne d’un couple mixte, n’est fils d’esclave ni par son père africain (les « fils d’esclave » victimes de la traite organisée par les pays européens étant issus des populations antillaises et noires américaines), ni par sa mère française. Nous sommes face à une réécriture de l’Histoire mensongère et occultant par ailleurs la complexité du fait esclavagiste qui, à l’endroit des populations noires, s’est déployé à travers les traites transatlantiques, transsahariennes et intra africaines.
Que cette réécriture de l’Histoire renvoie à du cynisme ou à une intériorisation du discours victimaire importe finalement assez peu. L’élément essentiel réside dans le fait que, lorsqu’on appelle les gens à exister à travers un statut de victimes, les gens existent d’autant plus qu’ils sont « plus » victimes que leurs voisins. Avec le présupposé que la plongée dans la victimisation constituerait un chemin identitaire positif, c’est dans une véritable spirale de la victimisation dans laquelle on se trouve de fait entraînés. C’est ainsi qu’il faut comprendre la référence à l’esclavage qui comporte l’avantage de pouvoir avancer des chiffres, dans une course à la comptabilité macabre.
A la rigueur, si nous acceptions cette vision, nous n’aurions plus à poser aux individus, pour connaître la force de leur identité, que cette seule question : « Et vous, combien de morts ? ». Il ne s’agit pas là d’une simple boutade mais du constat inquiétant des effets de la spirale victimaire. Dans cette vision, les drames subis par telle ou telle population cessent d’être des leçons pour l’Humanité. Ils ne sont plus considérés comme des messages universels sur les méfaits de la folie humaine mais deviennent de façon exclusive des supports essentiels d’une identité qui ne peut plus alors se concevoir, par rapport à d’autres identités, qu’en termes de confrontation ou de hiérarchie. Dans l’esprit d’un Dieudonné, la Shoah serait ainsi censée être la chose des Juifs et l’esclavage la chose des Noirs. Etant entendu que l’esclavage ayant concerné plus de personnes que la Shoah, notre humoriste pourrait réclamer la place de maître de cérémonie au grand banquet des victimes.
Une place d’autant plus assurée que les autres convives se verront nier leur droit à venir s’asseoir à la table. Pour Dieudonné, les Juifs, qu’il semble considérer, dans une vision fantasmatique, comme de solides concurrents, doivent être rabaissés non pas simplement au statut de victimes mineures mais à celui de bourreaux. Ils deviennent d’ « ex-négriers reconvertis dans la banque et la finance », Dieudonné semblant ignorer au passage que le premier article du Code Noir de 1685 stipulait que les Juifs devaient être chassés des îles où étaient acheminés les esclaves.
Le statut de victime devient un trésor à conserver, un joyau à polir, un capital à faire fructifier. Que Dieudonné veuille être le dépositaire de ce trésor, c’est après tout son problème. Mais qu’il ne le fasse surtout pas au nom de l’antiracisme. Car la morbide passivité que délivre le statut de victime, nous l’avons répété à plusieurs reprises, est incompatible avec le but de l’antiracisme.
Comment d’ailleurs concevoir qu’un projet dynamique comme l’antiracisme soit confondu avec le funeste projet qui voudrait que l’on n’existe qu’à travers les drames vécus par ses ancêtres morts ? La fierté retrouvée pour des populations frappées par le racisme, l’antisémitisme et les discriminations, c’est acquérir un statut de citoyen à part entière qui permet d’être un acteur de sa vie et savoir mettre en avant l’Histoire dans ce qu’elle a eu de terrible mais aussi de glorieux pour ces populations. Au contraire, vouloir confondre la condition de Noir avec l’esclavagisme, c’est le ramener au statut d’indigène passif, incapable d’écrire son Histoire et sa vie. Où l’on retombe sur l’imagerie coloniale…
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SOS ANTIRACISME, le livre de Dominique SOPO
L’abstraction républicaine
Nous ne saurions terminer notre série de tribunes sur les impasses de l’antiracisme sans évoquer une approche qui, si elle ne renvoie pas à proprement parler à l’antiracisme dans la mesure où elle ne s’y réfère pas, n’en constitue pas moins une position quasi-polaire de l’approche exotico-victimaire que nous avons précédemment analysée.
En effet, alors que cette dernière approche, par la charge de relativisme culturel qu’elle contient, n’est en fait guère compatible avec les principes de la République dont l’universalisme nous semble au cœur des problématiques antiracistes, il existe, en France, une approche sclérosante pour la vitalité même de la République, approche que nous qualifierons de républicanisme.
Le républicanisme se fonde sur deux dimensions. D’une part, la difficulté, face à la diversité ethnique, culturelle et religieuse de la France, de penser la conciliation de cette diversité avec l’universalisme des principes républicains. D’autre part, la confusion entre l’énonciation des principes républicains et leur effectivité qui permet d’expliquer, par exemple, la lenteur constatée en France dans la reconnaissance du phénomène des discriminations.
La première dimension se fonde sur une incompréhension des implications de l’universalisme républicain confondu, dans une approche républicaniste, avec la négation des différences. Il ne s’agit pas ici de traiter des forces qui, dans les années 1980, utilisèrent un discours assimilateur visant à rejeter toutes les différences pour mieux rejeter les enfants issus des immigrations maghrébine et africaine hors de la citoyenneté française (puisque ce discours avait pour but d’expliquer que tout le monde pouvait être Français…à condition d’être blanc et catholique). Nous étions là face à un discours raciste piteusement camouflé qui diffère de ce que nous qualifions de républicanisme. Ce dernier est pour nous une conception incapable de traiter de la différence, du fait d’une approche qui voudrait que chaque parcelle de la vie des gens soit passée de façon sourcilleuse au crible de critères prétendument républicano-compatibles. Les pratiques culturelles ou religieuses particulières sont ainsi vues avec une suspicion soutenue car considérées comme des ferments de la dissolution de l’unité et des valeurs républicaines. Cette suspicion ne concerne pas en soi les cultures issues de la présence de populations d’origine immigrée. Nous remarquerons cependant qu’elle les touche davantage dans la mesure où les cultures nationales (ou qui sont considérées aujourd’hui comme telles) ont eu davantage le loisir de se fondre dans le paysage républicain et de se poser de fait en cultures hégémoniques, à même de représenter les cultures autour desquelles l’unité peut et doit se réaliser. Nous sommes là face à une approche sclérosante de notre pays puisqu’elle risque d’en statufier l’identité. Or, une des grandes forces de l’identité française, c’est justement d’avoir su évoluer, d’avoir su, à chaque génération, intégrer des nouvelles populations et des nouvelles cultures.
La deuxième dimension du républicanisme renvoie à l’absence de prise en considération de l’effectivité des principes républicains. Pour paraphraser Péguy, nous pourrions dire : « Le républicanisme a les mains propres mais il n’a pas de mains. » Ainsi, dans le républicanisme, une équivalence est posée entre l’existence juridique des principes républicains et leur effectivité dans la vie quotidienne des gens. C’est oublier là que le discours républicain n’est évidemment en rien performatif. Dire, ça n’est pas faire. La République est un incessant combat visant à s’assurer que les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité s’incarnent dans la réalité. Au contraire, lorsqu’on se prélasse dans la sphère de l’énonciation juridique, on se trouve condamné, à mesure que les instruments de la République paraissent tomber en panne, à une crispation du discours. La posture républicaniste confond alors la défense de la République avec un rappel mécanique et incantatoire aux principes de cette dernière. Et plus la République semble mise à mal, par la contestation dont elle fait l’objet par les forces du communautarisme, plus on assiste à une enflure d’un discours républicain dont la fermeté suit fidèlement la courbe ascendante de son impuissance.
Qu’elle soit le fait d’un aveuglement, d’une volonté de se rassurer sur la vitalité de la République ou de l’hypocrisie (car il est plus simple et moins coûteux d’énoncer des principes que de les faire appliquer), cette deuxième dimension du républicanisme omet une donnée fondamentale : le discours républicain est d’autant moins crédible qu’il se limite à sa simple émission. Comment ainsi s’étonner que les ghettos et les discriminations créent objectivement un terreau favorable à des forces de repli communautaire si la République n’a qu’à offrir le rappel désincarné de ses principes ? Le rôle de la République, c’est tout au contraire de faire vivre la République métissée en considérant réellement ses enfants à égale dignité et donc en se donnant les moyens de lutter contre les phénomènes de ghettoïsation et de discriminations. Un impératif d’autant plus urgent que ces derniers touchent non plus principalement des étrangers mais des citoyens français à part entière qui, contrairement à leurs ascendants, ne relativisent plus leur situation dans la société française au regard de ce qu’ils auraient vécu dans un pays d’origine puisque leur pays, c’est … la France !
Une nouvelle réalité qui explique que les ghettos et les discriminations sont d’autant plus mal vécus par des personnes à qui une fraction de la société française continue de nier une pleine appartenance. Le sentiment d’humiliation qui en découle est d’autant plus puissant et explique qu’une partie de ceux qui le ressentent se tournent vers des mouvements (tel l’islamisme) qui prétendent leur rendre une fierté dont ils s’estiment privés du fait de la République.
Rendre effectifs les principes de la République de liberté, d’égalité et de fraternité, c’est non seulement rester fidèle à l’esprit d’une République qui ne s’est jamais considérée comme devant rester du domaine du virtuel mais c’est aussi et surtout rendre la fierté à chaque citoyen. Un préalable incontournable si l’on veut voir l’ensemble des Français se réinscrire dans des combats citoyens visant à rendre la République effective dans toutes ses dimensions. Car si l’on ne veut pas faire de la République un théâtre d’ombres réservé à quelques poussiéreuses statues du Commandeur, il faudra bien que chacun ait conscience qu’on ne fait pas la République sans républicains
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02.06.2005
ORIENTATION DE SOS RACISME
20 ans de Combats de SOS Racisme
Phénomène de mode, feu de paille, construction médiatique,… Que n’a-t-on entendu sur le compte de SOS Racisme depuis sa création en 1984. Mais les faits sont là : SOS Racisme a 20 ans et a démenti les commentaires de ceux qui voulaient – ou espéraient - n’y voir là qu’une réalité passagère.
Peu d’associations peuvent, 20 ans après leur naissance, revendiquer d’être toujours au cœur de l’actualité et des débats. Et pourtant, SOS Racisme, avec des hauts et des bas, n’a jamais cessé, durant toutes ces années, d’initier des sujets de société, d’interpeller, de proposer, de manifester … en se plaçant à chacune de ses époques comme une association en mesure de saisir les enjeux de son temps.
Cela n’est pas le fruit du hasard. Si SOS Racisme a eu cette capacité, c’est parce que l’association est restée fidèle à ses valeurs : celui de la construction d’une République Métissée, tournant le dos à l’extrême droite mais également à la conception « communautariste » de la lutte antiraciste.
L’antiracisme n’a jamais été pour nous la volonté de défendre telle population contre telle autre, de voir se constituer sur des bases ethniques ou religieuses des « syndicats » de défense de telle ou telle communauté.
L’antiracisme, pour nous, a toujours été la volonté de voir chacun vivre à égale dignité dans la société, quelles que soient ses origines, sa confession ou ses pratiques culturelles.
C’est ce projet de fraternité et d’égalité qui a toujours orienté l’ensemble de nos combats. Celui pour l’intégration des étrangers, celui pour la conception d’une France fière d’être diverse et plurielle, celui contre les ghettos et les discriminations raciales ou encore celui sur le travail de pédagogie nécessaire concernant la résurgence de l’antisémitisme.
Si ces combats ont permis des avancées importantes et ont contribué utilement à faire de notre pays une terre de métissage, il n’en demeure pas moins que des luttes fondamentales nous attendent pour les années à venir.
Ainsi, si l’intégration a globalement réussi, l’existence des ghettos et des discriminations continuent plus que jamais à toucher de plein fouet les « nouveaux Français » issus de l’immigration.
Ces réalités, comme SOS Racisme l’a indiqué depuis ses débuts, contribuent puissamment à faire reculer l’adhésion d’une partie de la jeunesse aux valeurs républicaines considérées comme de simples déclarations d’intention et à faire ainsi le lit d’un communautarisme dont on sait ce qu’il porte en lui de profondément réactionnaire.
Dans ce contexte, il faut prendre conscience plus que jamais de l’importance des points de repère et des perspectives que nous sommes en mesure de proposer.
Nous le constatons au quotidien : les failles de la République que sont les ghettos et les discriminations ont été, pour les forces intégristes, une formidable occasion d’expliquer que c’est bien la République qu’il fallait abattre.
Pour SOS Racisme, au contraire, lorsqu’il existe des failles dans la République, le seul moyen de résorber ces failles, c’est bien d’avoir l’ambition de faire vivre l’égalité républicaine.
Il est ainsi de notre rôle de rappeler que les valeurs de la République sont les seules à même de permettre à chacun de s’épanouir dans la société. Il est de notre rôle de défendre ces valeurs lorsqu’elles sont attaquées et remises en cause. Nous l’avons fait sur la laïcité. Mais la défense de la République ne peut pas se réduire à de simples rappels à la règle.
Défendre la République, c’est la faire considérer comme une source d’émancipation, c’est la rendre crédible en faisant que ses valeurs soient vécues par tous et partout dans le quotidien. Défendre la République, c’est lutter sans relâche contre les ghettos et les discriminations.
Pour cela, il est urgent de rompre avec le discours de victimisation dans lequel certains, qui y voient là un moyen d’apaiser leur conscience, souhaiteraient enfermer les jeunes générations.
Notre rôle consiste non pas à considérer les gens comme des victimes mais comme des acteurs de la société qui ont le pouvoir de la faire évoluer.
Notre rôle, c’est ainsi de contribuer à ce que de nouvelles générations s’engagent dans le combat antiraciste pour affirmer qu’il est urgent de lutter contre le racisme et le communautarisme, pour construire une société qui refuse que les gens se construisent les uns contre les autres.
Dans une période d’incertitude, de doutes, de crispations aussi bien dans le monde qu’en France, il est urgent de trouver une nouvelle dynamique antiraciste pour que les gens se battent sur des perspectives positives en ayant la volonté de bâtir la République métissée.
Le combat antiraciste reste un combat à mener sans cesse car il pose à chaque génération la question de savoir si on veut vivre ensemble et comment on veut vivre ensemble. Ce combat reste à mener sans cesse car, lorsqu’il est perdu, il n’y a plus que la haine qui anime les gens. Et quand la haine devient le moteur des sociétés, il n’y a plus aucun autre combat progressiste possible.
Bâtir la République métissée n’est donc pas un « loisir ». Construire la République métissée, c’est comprendre qu’il existe un combat fondamental qui rend tous les autres possibles : le combat antiraciste.
Ce combat nous le remporterons car nous sommes forts de notre dynamisme, de notre énergie, de nos convictions. Et pour les faire vivre, nous savons que nous pouvons compter sur l’énorme potentiel de fraternité que renferme la jeunesse « black-blanc-beur ».
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03.06.1999
Histoire
SOS Racisme est depuis sa création une association républicaine cherchant a repolitiser les jeunes à travers le combat antiraciste en utilisant principalement le vecteur culturel, tel le concert géant place de la Concorde qui a rassemblé 700.000 personnes en juin 1985.
Plusieurs personnalités du PS comme Julien Dray ont participé à la création de l'association. Harlem Désir, le premier président de l'association, fut dans sa jeunesse militant trotskyste comme Julien Dray, ce qui a amené certains à accuser le mouvement d'être "infiltré" par les trotskystes.
Les mots d'ordre de l'association sont ceux du métissage et de la fraternité symbolisés par le slogan « Touche pas à mon pote ». Dès l'origine SOS Racisme considère que le combat contre les discriminations passe par une réflexion sur l'urbanisme et le rôle de l'école. Ainsi, elle a dénoncé, dès le début des années 90, la constitution de ghettos urbains en périphérie des grandes villes. À travers, les "testings", elle cherche à apporter des preuve en matière de discriminations dans les domaines de l'accès au logement, au travail mais aussi aux boîtes de nuit.
Parfois qualifié d'angélique ou de différentialiste dans les années 80, le discours de SOS Racisme a évolué durant la présidence de Malek Boutih (1999-2003) en plaçant, indépendamment de la dénonciation des insuffisances de la politique de la ville, l'individu au cœur de sa propre émancipation.
À la fin des années 90, lorsque mouvement antiraciste se déchire autour de la question du Proche-Orient, SOS Racisme va clamer son attachement au processus de paix mis à mal avec la seconde intifada et dénoncer la résurgence d'un nouvel antisémitisme en France comme dans la publication en 2002 des antifeujs, le livre blanc des violences antisémites en France cosigné avec l'UEJF.
Depuis les deux associations sont des partenaires priviligiés et organisent les soirées « Rire contre le racisme » qui se tiennent au Zénith une fois par an en présence d'artistes comme Michel Boujenah, Dany Boon, Jean-Marie Bigard ou Gad Elmaleh. L'UEJF et SOS racisme ont également créé une association étudiante dénommée FEDER qui concourt dans les scrutins universitaires.
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